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La Danse de mort August Strindberg

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La Danse de mort
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CRÉATION 2017 La Danse de mort : une oeuvre vertigineuse qui place le couple au coeur du cercle des Enfers.  

"Est-ce que la vie est une affaire sérieuse ou une vaste plaisanterie ? Allez savoir."
Avertissement : il ne faut pas prendre trop au sérieux ces personnages, ce sont des danseurs mondains.
Car derrière ce titre, il y a à la fois un vaudeville et une tragédie.
Edgar et Alice, le Capitaine et l’ancienne actrice, exécutent une danse déchirante parce que cousue de peurs, d’attachements, de renoncements, de défiance et de quelques soleils perdus.
La bêtise n’est pas, comme dans le théâtre de Boulevard, le révélateur : ici, ce sont les ruses de la cruauté qui nous dévoilent des gouffres de solitude. Et c’est au-dessus de ces abymes qu’un couple tient, avec finalement toute la légèreté requise pour l’exercice conjugal. Strindberg nous pousse ainsi dans nos retranchements intimes, nous maintenant face à ce spectacle grâce à la jubilation du Guignol. Une prouesse de funambule avec un humour véritable : nous sommes perpétuellement sur une crête, dans des hauteurs, piégés par l’étroit sentier qui nous mène (ce qui donnerait l’occasion d’une belle chute ; et comme au cirque, c’est cette chute que le public guette à chaque instant).
L’exaspération et l’incompréhension sont au centre. Ainsi le jeu doit être excessif, exacerbé, mélodramatique. Edgar et Alice connaissent trop leurs subterfuges ; ils ont finalement renoncé à toute vie sociale, et semble vouloir remplir ce vide par une infinie palette d’émotions, jouée, rejouée, surjouée…

L'intrigue

August Strindberg (1849-1912) est écrivain, dramaturge et peintre suédois. Mysogine et très critique des modèles traditionnels du mariage et de la famille.
La Danse de mort est une pièce de théâtre en deux volets écrite en 1900. Elle se situe à la charnière entre deux périodes de l’œuvre de Strindberg, se détachant du naturalisme dont elle est issue pour entrer dans le symbolisme qu’elle préfigure.
Dans une forteresse isolée, sur une île isolée, Alice et le Capitaine vivent en tête à tête, rejetés et méprisants du reste de l’humanité, se haïssant mutuellement, et sans doute ne s’aimant pas eux-mêmes. La pièce commence comme un morceau de théâtre absurde et nous montre deux personnages qui cherchent à meubler l’ennui en l’embellissant de querelles et de jeux triviaux. L’événement provient de l’extérieur en la personne de Kurt. Cousin d’Alice, ancien ami du Capitaine. Animé de bonnes intentions, il n’avait jamais imaginé la déchéance qui les guetterait à l’issue de cette union. Progressivement il va découvrir la réalité de leur vie sur cette île et cherche à comprendre les raisons qui ont conduit Alice et le Capitaine, de l’amour à la haine.

Note d'intention

La Danse de mort est une œuvre vertigineuse. On a déjà beaucoup écrit sur Strindberg et sa misogynie. Dans cette pièce, de l’homme et de la femme aucun n’est à sauver. Nomenclature parfaite du désamour conjugal.
La guerre des sexes s’est muée en guerre des tranchées : on prend, on reprend, sans cesse, sans trêves.
Tous les outils de la perversion sont mis à contribution : chantage, mensonge, honte, …
Nous sommes perpétuellement sur une crête, dans des hauteurs, piégés par l’étroit sentier qui nous mène. Ce qui donnerait l’occasion d’une belle chute ; et comme au cirque, c’est cette chute que le public guette à chaque instant.
C’est bien une crête, séparant ces deux pays limitrophes que sont le vaudeville et la tragédie.
Le spectacle du ridicule et de l’inconsolable : la mesquinerie nous repêche du tragique ; la tentative toujours renouvelée de formuler le sens de l’existence terrestre nous sauvant du simple Boulevard.
Cette danse a un rythme lancinant et électrique. Tout pourrait se produire, mais rien n’arrive jamais, Strindberg laisse ainsi aller ces personnages sur une planche savonnée, vers la mort.
Rien n’arrive, rien ne délivre, et c’est un drame. C’est bien là l’essentiel du drame.
Rien n’éclatera, et rien ne nous surprendra. C’est l’agitation d’un couple attendant la mort, épuisant leurs nerfs et leur sang dans des éclats. Ils ne peuvent que s’agiter et attendre, lassés par l’attente même, de plus en plus désespérés et grotesques. La haine conservant leur vitalité intacte.
Tout cela pourrait durer des siècles, et c’est ce sentiment d’angoisse que cette Danse de mort nous fait saisir. Rien n’arrive, la mort est attendue. Il ne reste plus qu’elle, et on en a ici fait une joie, un soleil, une libération. C’est une amie qui viendra : au moins, cette promesse-là sera tenue.
Cette Danse de mort a lieu dans une ancienne prison dont des murs suintent encore les anciennes douleurs. Il s’agira de faire percevoir l’enfermement qui accélère et plonge le couple dans des joutes sans fin au point où on se croit parfois chez Feydeau, parfois perdu dans un film de Bergman.
La visite de Kurt, le cousin, l’ami d’enfance, viendra révéler leur folie ; il mettra en abîme cette vieillesse et donnera permission au jeu car ils seront pour quelques jours trois.
Il y a toujours un tiers au milieu d’un couple, il y a toujours une troisième partie pour faire du théâtre : entre l’acteur et le fou, il y a toujours le public.
Car ici entre le sérieux et le futile, le jeu hésite et s’égare tout le temps derrière des masques cireux : dans les eaux du mensonge, du crime, de la calomnie et des cœurs brisés.
Kurt deviendra leur spectateur et leur instrument, retourné constamment par l’un et par l’autre, goûtant cet enfer privé.
Deux êtres enchaînés que seule la mort peut sauver l’un de l’autre, et surtout d’eux-mêmes. Leur naufrage conjugal étant le paravent d’un désastre encore plus grand et que chacun de ces deux là ne veux surtout pas voir. La commodité de danser pour attendre la mort. Une joie demeure malgré tout dans la frénésie de leur parole.

Éléments de scénographie

Dans quelle époque projeter cette Danse de mort ? Le divorce, la possibilité du divorce n’a en rien enlevé à l’argument de cette pièce, car être inséparable c’est aussi quelque part savoir se haïr. Ce n’est pas une pièce sur le non-divorce.
J’aimerais que cela soit aujourd’hui, avec la familiarité du moment, c’est-à-dire du mobilier (l’air du temps en somme). Le dépaysement n’est pas nécessaire ; au contraire, il faut pousser le spectateur dans la familiarité, l’étouffement, la cruauté - jusqu’au dégoût, jusqu’à l’absurde - pour voir arriver la comédie, la superficialité et les revirements qui vont avec, le jeu des masques que s’offrent inlassablement ces deux êtres.
Reconstituer le 19e, la vie d’une garnison proche, le son du clairon, tout cela n’est pas nécessaire. Il ne s’agit pas d’actualiser pour rendre proche le propos mais, je le redis, être dans le trop présent pour "traverser le miroir". Ne pas s’arrêter à un reflet, à une image, mais l’user, l’user encore et encore pour comprendre ces cœurs et leur noblesse.
Un intérieur contemporain - cela doit être un salon, la pièce principale d’une maison : nous en ferons une chambre, ou en tous les cas, un grand lit sera là, quelque part. Peut-être pas le lit conjugal, mais la présence de cette promesse que tous les amants se font : dormir côte à côte, en paix pour que les corps échangent, s’échangent, dans l’abandon. Un symbole à assigner.
C’est un huis clos, bien que des fenêtres soient là ; des perspectives qui ne sont presque jamais saisies par les protagonistes : seulement parfois, des sons, des figures les traversent et s’invitent pour alimenter davantage ce huis-clos, ce cirque. Et il nous faudra bien sûr des murs à dresser pour confiner, et une porte (principale, très peu utilisée).
Je trouve important, aussi, que nous ayons un espace offrant une longue, une étroite perspective. Une sorte de couloir comme point de fuite.
Je parle de cirque car il faut arriver à cela : une vitesse, une boucle, une révolution permanente, une guerre, cruelle. (je pense aux clowns et aux funambules, à un passage de Clair de lune de Gary où le narrateur assiste dans un bar un numéro de chiens savants grimés en couple).
L’exaspération et l’incompréhension sont au centre. Le jeu doit être exaspéré, excessif, mélodramatique. Edgar et Alice, le Capitaine et l’ancienne actrice, connaissent trop leurs ruses ; ils ont finalement renoncé à toute vie sociale, et semble vouloir remplir ce vide par une infinie palette d’émotions, jouée et surjouée.
Le pathétique est là, et leur jeu doit s’en ressentir et sans cesse déborder, ruer, au milieu de ces quatre murs. De la musique de chambre à saturation…
Au milieu de tout cela, la coquetterie d’Alice est plus qu’importante, comme une dernière bouée de sauvetage (on pense à la Gertrud de Dreyer), tout comme la rudesse du vieux capitaine : ils misent sur ce qui les a fait briller, dehors, à un court moment de leur vie.
Et Kurt, l’ami, le cousin, doit être pour eux comme un jouet, une curiosité, "un touriste en enfer". Lui qui tente de prendre part au jeu - ce n’est pas une simple victime - se trouve englué dans la toile, dépassé et écœuré par ce qui lui apparaît un abîme.

Distribution

Création en Juillet 2017, Festival de théâtre de Figeac

Production : Scène Conventionnée Théâtre et Théâtre Musical - Figeac /Saint-Céré – Opéra Éclaté

Coproduction : MC2 Grenoble

Contacts diffusion

Fabienne Viguier
diffusion@opera-eclate.com
06 40 71 56 02
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